Un aussi long chemin

Préface

Juliette Benzoni n’est pas seulement l’amie de toujours et la compagne d’édition, elle est aussi pour moi un personnage peu commun, une personnalité singulière, tonique et cordiale, à laquelle on s’attache d’autant plus qu’elle est susceptible de vous dérouter. Elle sait aussi bien se dérober lorsqu’on la cherche, et vous reprend au lasso quand on pourrait s’éloigner.

Avec sa chevelure blonde argentée, ses yeux rayonnants, son visage épanoui, sa silhouette généreuse, elle nous fait penser à ces dames que les peintres du XVIIè siècle faisaient apparaître en Diane Chasseresse dans les galeries de châteaux du Val de Loire.

Cela me porterait à croire que Juliette est une chasseresse de personnages, une véritable cavalière de la plume. Elle enfourche ses livres, et sa plume est un aiguillon. La galopade commence au premier mot, et s’arrête au poteau d’arrivée où se trouve inscrit le mot « faim ».

Alors Juliette descend de cheval, et pour peu qu’on soit là au moment où il faut, elle sait vous mitonner devant le fourneau – qui n’est plus celui des rêves et de la sorcellerie – des cuisines moyenâgeuses revues et corrigées par Brillat-Savarin.

Mais le mot fin, signifie aussi commencement : cela fait cinquante fois en trente ans, qu’elle remonte sur son cheval imaginaire, pour conduire dans les châteaux, les masures, les landes et les forêts, ces hordes d’amantes passionnées, de sorcières endiablées, de chevaliers bretteurs et fornicateurs, afin que l’héroïne, entre les moines et les démons, les roublards et les assassins, finisse toujours par avoir le dessus. Dans les écuries de course romanesque, cinquante chevaux piaffent dans l’attente de nouvelles aventures, de nouvelles images.

Car Juliette n’est pas seulement la magicienne des mots, elle est aussi et surtout l’alchimiste des images ce qui lui vaut une attention toute particulière des faiseurs d’épopée cinématographique.

Alors que tant d’autres montent et redescendent au gré des modes et des sondages, elle se maintient dans le giron du succès et possède sans l’avoir cherché, une manne d’adeptes qui ne cesse de l’implorer en disant : « encore une, et vite, s’il vous plait ».

La passion est son lot, et l’Histoire son lieu de référence permanente. La vérité du temps y côtoie sans cesse la vérité du coeur…

Et ses romans rejoignent aisément les propos de son professeur de métaphysique, qui dans le pensionnat de jeunes filles en fleurs où séjourna Juliette, terminait ses cours en lisant à ses élèves époustouflées, les romans d’Agatha Christie! Le Bon Père ne savait peut-être pas qu’une de ses élèves saurait un jour mêler les bons sentiments aux terreurs haletantes de ses romans policiers.

Ainsi ses romans imaginaires sont-ils pour toutes les femmes, et ses romans historiques sont-ils de tous les temps.

Née dans le monde des petites filles modèles, Juliette sait nous entraîner dans le monde des femmes passionnées. Elevée dans le monde des jeunes filles amoureuses, elle a vécu dans le monde des hommes autoritaires et impitoyables. Aussi puise-t-elle dsans sa propre vie, un roman neuf, toujours recommencé.

Avec Un aussi long chemin, j’ai suivi Juliette de part en part? C’est un de ses plus beaux romans, que l’on commence, et que l’on poursuit en demandant à l’auteur de ne jamais terminer.

La belle Marjolaine qui fait mourir d’amour tous ceux qui la rencontrent, suscite la passion d’un de ces hauts barons du Moyen Age, aussi prompt à courir les femmes qu’il les abandonne, et cette passion, ses flux et ses reflux, suit le chemin de Compostelle, où derrière les protagonistes, se dessine cette épopée médiévale à la fois noble et populaire, divine et mécréante.

Un vrai roman d’époque, qui n’en finit pas d’être présent, un vrai tableau animé qui bouge devant notre regard ébloui.                                                                                                                                        Christian Bartillat