La Médaille du Mérite

Chronologie d'un évènement :

En septembre 1997, Juliette Benzoni apprenait d’un courrier de la Préfecture du Val-de-Marne, la confirmation à sa nomination pour l’obtention de la Médaille du Mérite (voir courrier n°1 ci-dessous), proposition du 1er Ministre de l’époque Lionel Jospin (voir courrier n°2). En novembre, sa nomination était officielle et il fallait organiser sa remise de Médaille et choisir son remettant qui se devait d’être lui-même médaillé (voir courrier n°3). Son choix s’est porté sur son ami, le comédien Jean Piat. Un nouveau courrier de la Préfecture confirmait sa nomination par la parution du décret dans le journal officiel du 15 novembre 1997 et la cérémonie a eu lieu en janvier 1998 chez Plon (à leur ancienne adresse rue Bonaparte dans le 6ème arrondissement, faisant face à l’église du Saint-Sulpice)

Ci-dessous, le discours original écrit de la main même de Jean Piat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, officier de la Légion d’honneur, officier des Arts et des Lettres et Grand-croix dans l’ordre du Mérite.


(Toute reproduction totale ou partielle de ce discours est strictement interdite)

Chère Juliette ! Très chère Juliette…. je préfère.

Voulant évoquer la vie et célébrer la carrière d’Hélène PERDRIERE, un présentateur belge, lors d’une conférence à Bruxelles de Marcel ACHARD où je devais jouer avec elle une scène de DOMINO, a commencé son petit discours par : Melle Hélène PERDRIERE, cette grande artiste qui est entrée à la Comédie Française à l’âge de 18 ans… en 1928 ! Il était si fier qu’il l’a répété « Oui à l’âge de 18 ans en 1928« . « Quel con ! » a rugi Hélène à mon oreille. Ceci se passait dans les années 60 et Hélène avait déjà passé l’âge du rôle… Si j’en avais moi, l’identité plus sereine.Juliette, tu es ma première décoration. Enfin… ma première remise de décoration. Pardon si je ne respecte pas tous les rituels. Je jure néanmoins de prendre bien garde aux dates !

Toi, tu es née en 1963… à la littérature. Le reste importe peu.

Auparavant, tu t’es abonnée aux recherches délicates de ta vocation.
 Aux douceurs de l’amour aussi…
Dont – une anecdote en passant – un 2ème mari avec qui tu devais partir en voyage
de noces à Capri mais qui a été contraint de faire face à ses obligations d’officier et de 
rejoindre son corps – et non pas le tien – en Indochine ! Tu es quand même partie
 pour Capri avec ta mère ! Sans doute pour ne pas perdre tes réservations ! Solution

qui à la réflexion s’est révélée enviable. Car ce 2ème mari était un OTHELLO farouche ! Il n’aurait pas supporté l’insistance des prunelles italiennes sur ta silhouette attirante et tes charmes à peine fiancés ! Tandis qu’avec Maman… Bref !

Tu avais fréquenté aussi – et je cite sans souci de chronologie, l’Ecole du Louvre, ses antiquités égyptiennes… et le mobilier du XVIIIème siècle ! Pourtant malgré des examens réussis, tu renonces à l’Ecole du Louvre ! « Trop dur ». 

La Radio t’emmène au Maroc ou le Maroc te mène à la Radio !
A l’exemple de Jean ANOUILH ou de Sacha GUITRY à leurs débuts, tu rédiges des messages publicitaires. Tu vantes le vin de SIDI-LARBI ! Sacha, c’était le chocolat LSKCSK. Toi ce sera « Du lundi au samedi… Buvez du SIDI-LARBI ! ». On ne saura jamais ce qu’il fallait consommer le dimanche ! Tant pis ! Tu vantes aussi les mérites des MATELAS SIMONIN. Sacha c’était la ceinture Franck et Braun « Mon ventre tombait ! Grâce à la ceinture Franck et Braun, j’ai pu me baisser pour le ramasser ! » Toi c’est « SIMONIN, c’est le matelas des reins. Dans le sens… ou encore « Avec SIMONIN ô merveilles ! Vous dormirez sur vos deux oreilles ! »

Avec cela on ne fait pas carrière dans la littérature… Mais cela permet de garder peu à peu l’espoir d’y arriver.
Tu tâtes alors du journalisme. Cela va te mener jusqu’aux « CONFIDENCES DE L’HISTOIRE » et un « COURRIER DE L’HISTOIRE » et enfin jusqu’à Alain DECAUX : « L’Histoire pour Tous ». 
Le HASARD ? Cette volonté des Dieux te mène jusqu’à Pierre SABBAGH !
Tu participes à son émission « Le Gros Lot » . 

Grâce à ta formidable érudition, tu triomphes pendant 6 semaines, ne chutant que sur l’ultime question « Quelle était la bannière qu’on voyait aux fenêtres de Catherine SFORZA ?« . Cette virago te fait tomber ! Tu réponds VENISE (en souvenir du voyage de noce raté : Capri peut-être). C’était FLORENCE. Kif-kif Hugo et Napo à Waterloo « Il dit GROUCHY, c’était BLÜCHER ».

Mais le destin veille sous les traits de Paul WINKLER, patron  de France-Soir. Il voit l’émission. Il te provoque à écrire. C’est la série de « Reines Tragiques » , reproduites tous les soirs en feuilleton dans France-Soir.

A partir de là, tout commence.

Tu vas faire des enfants à l’Histoire et quels enfants !

Entre 1963 et février 1998 54 livres !! 54 enfants.
- CATHERINE tout d’abord (« Il suffit d’un amour » 7 volumes… Télé en 84-85)
- MARIANNE – 6 volumes… Télé en 1983
- LE GERFAUT – 4 volumes : Télé en 1986
- Des dizaines de récits historiques.
Nous passons avec toi dans « Le lit des Reines » puis « Le lit des Rois ».
Puis  3 tomes de Loups de Lauzargues
4 tomes de la Florentine (Télé 88)
3 tomes des Dames du Méditerranée Express
3 tomes des Treize Vents
4 tomes du Boiteux de Varsovie
Et puis… et puis… des éditions étrangères… Tu as l’Europe à toi seule. Éditée en Allemagne, Italie, Finlande, Danemark, Suède, Norvège, Hollande, Espagne, Turquie, Islande, Grèce, Yougoslavie, Portugal, Tchécoslovaquie. Tu es éditée aussi en Amérique : USA, Argentine et… Israël.

En 1974… après avoir reçu en 73 le prix Alexandre DUMAS, tu fondes le Trophée Alexandre DUMAS sous forme d’une épée et d’un déjeuner. Et là… nous nous rencontrons grâce à Alain DECAUX. Hélas 8 ans trop tard. Depuis 1966, j’ai remis au fourreau mon épée de Lagardère et celle de Cyrano. Celle des Rois Maudits également, remisée dans le souvenir de ceux qui y pensent encore.
Mais à défaut de rapière tu me fais cadeau de ton amitié. C’est plus durable que le trophée.
Car tu as de l’amitié un sens tout à fait singulier, un sens merveilleux. L’amitié « détente ». L’amitié qui n’est ni ombrageuse ni tyrannique, on se voit peu mais on s’aime bien !
Parfois même à table… Car tu as gardé d’un long séjour en Bourgogne le goût de la bonne cuisine, des gourmandises qu’elle sécrète ! Et… sur ta mine cela se voit. Je n’insiste pas… J’ai promis de ne pas te faire pleurer.

Pour tout une et bien d’autres choses encore, tu le mérites Juliette… ton mérite.


Tu le mérites aussi tout aussi bien pour ton élégante simplicité : 54 livres en 35 ans, des millions d’exemplaires et tu restes toi-même, discrète, pudique… ayant le goût du travail, le goût du savoir faire… plus que du faire savoir !
En un temps où les médias font prime et vous demandent des réponses à tout, cela devient rare. A l’exemple de ton illustre compère Saint-Mandéen George COURTELINE qui avait fait imprimer sur papier à en tête :
« Cabinet de Georges Courteline centralisation des interviews. Monsieur et cher confrère, en réponse à votre lettre du.. par laquelle vous voulez bien me demander mon avis sur… j’ai l’honneur de vous informer que j’en fous complètement ! Dans l’espoir que la présente vous trouvera de même, je vous prie d’agréer… »
Toi tu écris…. tes livres. Et on te lit. Le reste… voir Courteline !

Tu m’en as dédié un ! Je t’en remercie aujourd’hui publiquement. C’était l’histoire de 3 « C » ! Je rassure tous ceux qui pourraient tout craindre de cette appellation. Il s’agit simplement des « Seigneurs de la Nuit » : Casanova, Cagliostro et Cartouche.

C’est en leur nom, et aussi au nom du Président de la République


qu’en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je te fais
Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

PS : Tous ces documents restent la propriété de la fille de Juliette Benzoni qui nous autorise à les partager avec vous, un grand merci à elle d’accepter ce partage à la grande joie des lecteurs de sa maman…